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7
avril 2003
L'ANTISÉMITISME DU VATICAN http://www.proche-orient.info/xjournal_racism_analyse.php3?id_article=11793
Par Myriam Anissimov myriam.anissimov@wanadoo.fr L'Ouverture des archives du Vatican
et la publication récente d'un livre de David Kertzer :
« Le Vatican contre les Juifs, le Rôle de la Papauté dans l'Émergence
de l'Antisémitisme moderne » (Laffont) relancent le triste
débat de la responsabilité de l'Église dans la propagation de l'antisémitisme
et, directement, celle de Pie XII lors de la Seconde guerre mondiale.
Quand le Vatican a annoncé il y a trois
ans qu'il allait prononcer la béatification de Paul IX pendant la célébration
de son jubilée, David Kertzer, professeur à l'université de Brown et
spécialiste de l'histoire de la papauté au XIXe siècle, s'est étonné
de ce choix. Lors d'une interview radiodiffusée en Italie, il a expliqué
que le Saint-Père avait déclaré en 1871, devant un auditoire de femmes
catholiques, que les juifs étaient des « chiens qui aboyaient dans
les rues et attentaient à la pudeur partout où ils se trouvaient. »
Le lendemain de l'émission, le porte-parole du Vatican s'est dit étonné
et attristé par cette affirmation.
Pendant quinze siècles, l'Église s'est
en effet acharnée à calomnier et détruire le peuple juif, dans le dessein
de « protéger la communauté chrétienne de la pernicieuse influence
juive ». Existe-t-il un lien entre les calomnies médiévales de
l'Église qui ont perduré jusque dans les premières décennies du XXe
siècle, (selon lesquelles les rabbins enlevaient des enfants chrétiens
pour les égorger afin de recueillir leur sang nécessaire à la fabrication
des Matzot de la Pâque), et les bureaucrates nazis
de Wannsee qui ordonnèrent l'extermination des juifs dans les camions
et les chambres à gaz ? Les Einsatzgruppen qui fusillèrent plus d'un million de juifs en Biélorussie
et dans les États baltes, étaient-ils animés par un fanatisme religieux ?
Croyaient-ils que leurs victimes étaient des buveurs de sang ?
D'une certaine manière, oui, puisque Hitler, dans ses discours, vociférait
que les juifs, comparés à des insectes nuisibles, suçaient le sang du
peuple allemand en danger de mort. Certains critiques ont opposé à David
Kertzer que c'est précisément l'Allemagne qui passait pour être le pays
le plus éduqué, le plus cultivé d'Europe, le pays des universités, qui
a commis ce crime.
Le Vatican a affirmé en 1998 que la nature
de son antijudaïsme était plus sociologique et politique que religieuse,
et qu'il était en tout cas étranger à l'antisémitisme biologique des
nazis. Pourtant, comme le souligne Kertzer dans « Le Vatican contre
les Juifs », l'Église a soutenu dans sa presse officielle, notamment
dans « L'Osservatore romano » et « Civiltà cattolica »
jusqu'à la fin des années vingt, que les Juifs appartenaient à une race
inférieure. L'Inquisition, mise en place au XVe siècle par le Saint-Office,
a affirmé qu'il existait des traits physiques et spirituels caractéristiques
nuisibles et transmissibles propres aux juifs. C'est au XVe siècle,
en Espagne, où vivait la plus importante communauté juive d'Europe,
que furent promulguées les ordonnances sur la pureté du sang – estatutos
de limpieza de sangre – qui précédèrent les baptêmes forcés, les autodafés
et, en 1492, l'expulsion des juifs qui refusaient de se convertir.
Les « Protocoles des Sages de Sion »,
ce faux fabriqué par la police tsariste d'après un pamphlet de Maurice
Joly contre Napoléon III, connurent un succès fulgurant en Europe. Malgré
la démonstration effectuée par Lucien Wolf en 1921 dans une suite d'articles
publiés dans le « London Times » qu'il s'agissait d'une mystification,
le livre parut très convainquant aux yeux des milieux catholiques, son
thème étant identique aux thèses du Vatican. Monseigneur Umberto Benigni
utilisa l'ouvrage dans les années vingt dans sa croisade antisémite.
Il publia la première édition italienne des « Protocoles »
en 1921 dans une série de suppléments à son journal « Fede e Ragione »
auquel il ajouta un nouveau volume intitulé « Les documents de
la conquête du monde par les juifs ».
Dans l'Allemagne et l'Autriche de la fin
du XIXe siècle, l'agitation antisémite des partis catholiques galvanisés
par Karl Lueger qui devint maire de Vienne rencontra un accueil populaire
enthousiaste. Le Vatican ne s'en émut pas. Au contraire, il apporta
son soutien au Parti social-chrétien et favorisa sa victoire en dépit
du fait que ses chefs parlaient à présent ouvertement dans ses organes
de propagande de « race juive ».
Tandis que de gigantesques pogroms fomentés
par le prêtre Stanislaw Stojalowski embrasaient la Galicie sous souveraineté
de l'empire austro-hongrois, le Vatican répugnait à les condamner, alors
que l'empereur François-Joseph avait envoyé le comte Casimir Badeni
auprès du nonce apostolique pour lui demander de mettre fin au soutien
du Vatican au Parti social-chrétien et au prêtre polonais.
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