Rwanda : un prêtre catholique est condamné à la prison à vie

 


http://www.ledevoir.com/2008/03/13/180182.html?fe=3376&fp=381103&fr=72705

AFP
Édition du jeudi 13 mars 2008

Arusha -- Le premier prêtre catholique jugé par le
Tribunal pénal international pour le Rwanda, l'abbé
Athanase Seromba, a été condamné hier en appel à la
prison à vie pour son rôle dans le génocide rwandais
et dans la mort d'environ 1500 Tutsis réfugiés dans
son église.

L'abbé, vicaire de la paroisse de Nyange pendant le
génocide de 1994, a été condamné pour génocide et un
crime contre l'humanité (extermination) par le TPIR,
alors que le rôle des Églises, particulièrement de
l'Église catholique, dans le génocide suscite toujours
de vives polémiques. Il avait plaidé non coupable.

Le 13 décembre 2006, l'abbé, un Hutu aujourd'hui âgé
de 45 ans, avait été condamné en première instance à
15 ans de prison pour aide et encouragement à
commettre les crimes de génocide et d'extermination.
Mais les juges d'appel ont conclu que sa
responsabilité allait au-delà de l'aide et de
l'encouragement, estimant qu'il avait accepté la
décision des autorités administratives locales de
détruire son église de Nyange.

«Seromba savait qu'environ 1500 réfugiés se trouvaient
à l'intérieur de l'église», a indiqué la chambre
d'appel, concluant que l'abbé «a commis le génocide
ainsi que l'extermination en tant que crime contre
l'humanité en vertu de son rôle dans la destruction de
l'église».

C'est la troisième fois dans l'histoire du TPIR que la
chambre d'appel alourdit une peine prononcée en
première instance.

Après le génocide, le religieux s'était réfugié
brièvement dans l'ex-Zaïre (aujourd'hui République
démocratique du Congo), puis au Kenya avant d'être
accueilli en Italie, dans le diocèse de Florence, qui
lui avait permis d'exercer dans un village de Toscane.

À la suite de pressions internationales et d'un mandat
d'arrêt du TPIR en 2001 que l'Italie avait refusé
d'exécuter, le prêtre s'était rendu au TPIR en février
2002 «pour que la vérité se manifeste», selon lui.

Deux autres prêtres rwandais catholiques, Emmanuel
Rukundo et Hormisdas Nsengimana, subissent un procès
devant le TPIR. Un quatrième abbé rwandais inculpé,
Wenceslas Munyeshyaka, pourrait être jugé en France,
le TPIR s'étant dessaisi du dossier au profit de la
justice française.

Le rôle de l'Église catholique dans le génocide
rwandais reste controversé.

Lors des pogroms contre les Tutsis de 1959 et de 1962
au Rwanda, les Tutsis qui s'étaient réfugiés dans des
églises ont eu la vie sauve. Trois décennies plus
tard, ils avaient donc afflué par dizaines de milliers
dans des églises pour tenter d'échapper à leurs
bourreaux. Mais cette fois-ci, pour y mourir, souvent
brûlés vifs ou écrasés par des bulldozers.